The Maronites in Decline?

Below two articles in French published in the latest issue of Le Monde des Religions. I have no comments to be made public, except that French scholarship on Lebanon is redundant and oh so stubbornly oriented. I can’t possibly agree with Daniel Meier (you know what, I am going to call him). A PhD dissertation needs to be published on the perverse relation of French “Orientalist” scholarship to Lebanon–soon, inshallah.

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Les maronites, un liant entre sunnites et chiites

Interview de Ray Mouawad, professeur à l’Université libanaise américaine (LAU) de Beyrouth et spécialiste des maronites.

Propos recueillis par Matthieu Mégevand, Le Monde des Religions, 10 mars 2011.

Quelle est la situation des maronites aujourd’hui au Liban tant au niveau social que politique ?

Les lignes de force des maronites au Liban tenaient à trois composantes :

Premièrement, leur prépondérance dans le système politique libanais, au sein duquel la présidence de la République revenait toujours à un maronite, et jouissait de prérogatives étendues (à l’instar du président de la République française). Le président nommait le 1er ministre. Le chef de l’armée était toujours maronite. Toutefois après les accords de Taëf, la prépondérance des maronites dans la structure politique de l’État libanais a été largement écornée, en dépit du fait que le président de la République et le chef de l’armée sont toujours maronites. Le pouvoir a été transféré au gouvernement dont le chef, toujours sunnite, exerce effectivement le pouvoir.

Le deuxième point fort de la situation des maronites au Liban avait trait à leurs institutions éducatives (écoles et universités), hospitalières, et centres sociaux (enfance, vieillards, orphelinats), répandues dans tout le pays et très appréciées par les autres communautés du Liban. Ces institutions sont aux mains de l’Église, et des ordres monastiques maronites très puissants et très organisés.

Troisièmement, leur force résidait enfin dans leur classe moyenne très impliquée dans le secteur bancaire, dans celui de l’industrie et du commerce. Paysans pendant longtemps, les maronites se sont urbanisés à partir du XIXe siècle. Leur émigration à Beyrouth leur a donné accès à la ville et à sa dynamique économique. Avant la guerre libanaise (1975) la bourgeoisie maronite, et plus généralement chrétienne, a sans conteste formé l’élément moteur de la prospérité économique du Liban. De ces trois composantes, seule la deuxième, leurs institutions, reste de nos jours le point fort de la présence des maronites au Liban. Leur pouvoir politique a beaucoup diminué après la fin de la guerre civile, et leur classe moyenne, celle de tout le Liban, peine à se reconstituer.

Comment les maronites vivent-ils le fait de ne plus être aujourd’hui dans une position démographique dominante ?

Ils cherchent aujourd’hui à compenser leur infériorité démographique par l’intégration de leurs communautés émigrées dans le monde dans le système politique libanais. Les partis politiques maronites et les associations maronites internationales travaillent d’arrache-pied pour accorder la nationalité libanaise aux émigrés qui l’ont perdue, ou négligé de la maintenir pour leurs descendants. L’une des principales revendications des partis maronites aujourd’hui est d’accorder le droit de vote aux Libanais qui sont à l’étranger. Jusqu’à maintenant, les Libanais qui sont à l’étranger ne votent pas (cela est toutefois prévu pour les prochaines élections parlementaires).

Quelles sont les élites politiques représentatives des maronites ?

La grande famille des Gemayel, et le parti Kataëb, représentent les maronites au sein du mouvement du 14 mars. A leurs cotés on trouve les Forces Libanaises, et leur chef, Samir Geagea. Dans l’autre camp, le 8 mars, les Maronites sont représentés par le parti du général Aoun, et par Suleiman Frangié.

Comment est perçue l’alliance entre Michel Aoun et le Hezbollah ?

Pour les partisans du général Aoun, cette alliance représente une garantie de survie pour les maronites et autres chrétiens du Liban, avec un parti de plus en plus puissant localement et sur le plan international. Pour les autres, l’alliance de Aoun avec le Hezbollah va à la longue réduire les maronites à un statut de “dhimmisation”, dans la mesure où le vrai décideur est le Hezbollah, les maronites devenant un auxiliaire et une “communauté alibi”. Le Hezbollah est par ailleurs perçu comme le principal vecteur d’un retour de l’influence syrienne au Liban. Le retournement de Michel Aoun qui avait gagné sa popularité en combattant cette influence syrienne, demeure pour beaucoup inexplicable, et sa popularité au sein des maronites en a grandement pâti.

Quels rapports entretiennent les maronites avec les autres communautés, et plus spécialement avec les chiites et les sunnites ?

Ce rapport dépend du camp dans lequel se trouvent les maronites, 14 mars (sunnites) ou 8 mars (Hezbollah). Samir Geagea a fait d’énormes efforts pour effacer auprès des sunnites son passé de seigneur de la Guerre, tout comme les Kataëb, en maintenant tout de même la ligne nationaliste libanaise qu’ils ont toujours défendue. Le grand écueil du Liban était le problème palestinien, que ces deux partis ont combattu pendant la guerre civile en même temps que l’occupation syrienne. Les sunnites ont beaucoup aidé à ce rapprochement aussi, surtout depuis leur engagement ferme auprès de l’armée libanaise contre les extrémistes (sunnites) de Nahr el-Bared. Saad Hariri a par ailleurs mené une politique très pro-chrétienne, et proclame constamment que la parité islamo-chrétienne sera toujours respectée au Liban, quelle que soit le nombre des chrétiens. Les maronites du 8 mars sont persuadés en retour que l’alliance maronito-sunnite scellée en 1943 est bien morte, et que les chiites ayant été persécutés comme les autres minorités en Orient, seront un partenaire bien plus conciliant avec les chrétiens que les sunnites. En général aujourd’hui au Liban, les maronites sont partagés à égalité entre les deux camps, qui sont de plus en plus polarisés.

Les maronites sont-ils très croyants, soudés comme le peuvent être les chiites du Hezbollah par la religion ?

Oui, ils sont très croyants et pratiquants. Les églises sont pleines, et les vocations nombreuses. Ils n’ont cependant pas les mêmes réflexes de solidarité que les chiites du Hezbollah. Peut-être est-ce dû à leur culture chrétienne, qui les ouvre immanquablement à celle de l’Occident et à des valeurs individualistes et fondamentalement indépendantes, alors que la culture chiite est irrésistiblement attirée par l’Iran. Maronites et chiites obéissent, je crois, à deux logiques communautaires différentes.

Quel avenir envisagez-vous pour les maronites ?

Ils ont été porteurs d’un projet politique exceptionnel au Moyen Orient, le Liban. Ils ont en gros constitué avec les musulmans un pays géré conjointement, ce qui aurait été impensable dans un autre pays arabe. S’ils ont perdu la guerre, les maronites tentent tout de même de sauver la mise avec un acharnement qui prouve qu’ils ne sont pas morts. Je crois que leur avenir dépend de la pérennité de leurs institutions au Liban et à l’étranger, qui comme toujours doivent être ouvertes à tous, chrétiens et musulmans. Ils doivent également éviter à tout prix un affrontement sunnite-chiite au Liban, et je pense qu’ils constitueront un élément liant, qui a tant manqué en Irak, entre les différentes communautés.

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Les maronites, une communauté chrétienne affaiblie

Matthieu Mégevand, publié le 10/03/2011

Alors que l’élection du prochain patriarche de l’Eglise maronite a commencé le 9 mars au Liban et que l’instabilité politique règne à nouveau au pays des Cèdres, retour sur cette communauté chrétienne majoritaire aujourd’hui affaiblie.

C’est probablement autour d’un anachorète du nom de Maron que s’est formée au Ve siècle la communauté chrétienne maronite dans la région d’Antioche. Chassés par Byzance, les maronites vont, dès le VIIe siècle, s’installer dans le Mont Liban septentrional. A partir de cette même période, l’expansion musulmane va donner aux chrétiens, entre autres, le statut de minorité protégée (dhimmi) qui limite leurs droits.

Pour autant, relativement isolés dans des montagnes difficiles d’accès, les maronites vont jouir d’une certaine liberté politique et religieuse qui va leur permettre notamment d’entretenir des relations privilégiées avec Rome. Il semble bien que leur statut soit, pour l’époque, l’un des plus enviables des chrétiens d’Orient sous domination musulmane. A partir du XIXe siècle et tandis que l’Empire ottoman décline inexorablement, l’arrivée de la puissance coloniale française dans la région va considérablement favoriser les Maronites.

“Les maronites vont servir de caution au pouvoir français qui va en profiter – avec ce mythe des ‘chrétiens d’Orient’ à protéger -, pour asseoir son pouvoir et exploiter, grâce au clientélisme, les ressources de la région, plus particulièrement la soie”, explique Daniel Meier, chercheur associé à l’Université St. Joseph de Beyrouth et spécialiste du Liban. Le pouvoir des maronites va encore être étendu lorsqu’au XXe siècle ceux-ci obtiennent l’agrandissement du territoire libanais (le Grand Liban) et l’affirmation de leur domination politique et commerciale sur la région.

La position des chrétiens maronites pendant la terrible guerre civile du Liban (1975-1990) va être celle du combat contre les forces progressistes et palestiniennes, et la préservation de leur hégémonie sur le pays. “Les maronites vont se battre pour conserver leurs privilèges et maintenir le statu quo. S’étant toujours considérés comme supérieurs par rapport aux autres communautés, différents des arabes, ils vont rassembler leurs milices – aux idées fascistes, les plus extrêmes considérant les Palestiniens comme une race inférieure – et tout mettre en oeuvre pour garder le pouvoir”, affirme encore Daniel Meier.

Avec les accords de paix de Taëf (1990 [*correction: 1989]) pilotés par les Syriens, les chrétiens maronites vont perdre certaines de leur prérogatives (l’affaiblissement du président et le rééquilibrage du parlement (parité entre chrétiens et musulmans)). En 2005, après l’assassinat de Rafic Hariri, deux forces antagonistes vont se faire face lors de deux immenses manifestations: les chiites représentés notamment par le Hezbollah favorables au Syriens, contre l’hégémonie américaine d’un côté (mouvement du 8 mars) et les sunnites alliés aux chrétiens contre la tutelle syrienne et proches de l’Occident (mouvement du 14 mars).

La donne va encore se compliquer avec l’alliance opportuniste d’un général chrétien, Michel Aoun, avec le Hezbollah. “Pour les partisans du général Aoun, cette alliance représente une garantie de survie pour les maronites et autres chrétiens du Liban, avec un parti de plus en plus puissant localement et sur le plan international. Pour les autres, l’alliance de Michel Aoun avec le Hezbollah va à la longue réduire les maronites à un statut de ‘dhimmisation'”, explique Ray Mouawad, professeur à l’Université libanaise américaine de Beyrouth et spécialiste des Maronites.

Si les alliances et les jeux politiques semblent, comme c’est toujours le cas au Liban, variables et complexes, il n’en reste pas moins que les maronites se trouvent aujourd’hui dans une position affaiblie: si aucun recensement officiel n’a été effectué depuis les années 1930 de peur de créer de nouvelles violences, il est certain que les chrétiens, toutes confessions confondues, sont minoritaires (estimés à environ 40 %). La force des chrétiens se trouve sans doute dans leur diaspora et leurs infrastructures de pointe (écoles, hôpitaux etc.) qui sont aux mains de l’Église, et des ordres monastiques maronites très puissants et très organisés.

Le système hyper-confessionnalisé du Liban empêche toutefois une véritable cohésion entre les communautés, et les maronites, comme les autres, sont d’abord préoccupés par leurs propres intérêts. “Toutefois, et depuis le début des printemps arabe, on sent au sein de la jeunesse chrétienne une réelle volonté de dépasser ce système communautaire source de blocages et de conflits. Cette position reste toutefois minoritaire aujourd’hui au Liban”, conclut enfin Daniel Meier.

Pour aller plus loin:

Daniel Meier, Le Liban, Paris, Le Cavalier Bleu, 2010.

Ray Jabre Mouawad, Les maronites, chrétiens du Liban, Brepols, 2010.

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One Response to The Maronites in Decline?

  1. SFEIR semaan boutros says:

    monsieur MEIER raconte des inepties il ne connait rien aux maronites ces propos sont de la pure desinformation

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